Le commerce équitable, un levier de l'autonomisation des femmes - Association québécoise du commerce équitable
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Le commerce équitable, un levier de l’autonomisation des femmes

Le commerce équitable, un levier de l’autonomisation des femmes

par Loïc de Fabritus, chargé de projets à l'Association québécoise du commerce équitable

Saviez-vous que dans le monde, les femmes effectuent les 2/3 du nombre d’heures de travail et produisent plus de la moitié des aliments, mais qu’elles ne gagnent que 10 % du revenu total, possèdent moins de 2 % des terres et reçoivent moins de 5 % des prêts bancaires? (source: FAO, mars 2011)

Les inégalités entre les femmes et les hommes sont encore plus importantes dans les pays du Sud, en particulier dans le secteur de l’agriculture. Alors que 70 % des agriculteurs sont des femmes, elles sont souvent exclues des décisions prises par les coopératives et touchent une rémunération plus faible que les hommes, voire pas de rémunération du tout.

Des femmes membres de l’Association des agriculteurs ruraux du Ghana (RUWFAG) préparant un champ pour l’ensemencement – Près de Lawra, Ghana (photo: Global Justice Now / cc-by-2.0)

 

Le commerce équitable constitue pourtant un levier essentiel pour favoriser l’autonomisation des femmes en leur donnant accès à un meilleur revenu et à une meilleure connaissance de leurs droits.

D’abord, les critères du commerce équitables interdisent toute forme de discrimination, notamment fondée sur le sexe. Les standards de Fairtrade incluent des critères conçus pour prévenir l’inégalité entre les sexes, par exemple:

Les membres des organisations Fairtrade ne doivent exercer aucune discrimination sur la base du sexe ou du statut marital.
Les membres de l’organisation ne pratiquent, n’encouragent ni ne tolèrent les comportements qui représentent une intimidation sexuelle, une attitude injurieuse ou menant à une exploitation.
Les membres de l’organisation doivent poser des dispositions en matière de congé maternité, sécurité sociale et prestations non obligatoires prévues par le droit national et par les réglementations des conventions collectives du secteur lorsqu’elles existent.
Les règles de l’organisation qui déterminent qui peut devenir membre ne doivent pas être discriminatoires.
Les organisations doivent identifier les groupes défavorisés et/ou minoritaires au sein de l’organisation, selon par exemple le sexe, l’âge, le revenu ou la partie du territoire. Les organisations doivent avoir des programmes en place en lien avec les groupes défavorisés et/ou minoritaires identifiés, et améliorer leur position sociale et économique dans l’organisation.

Il en va de même avec la déclaration des principes et des valeurs du Symbole des petits producteurs qui promeut l’équité (traduction AQCÉ):

L’équité implique la promotion d’une participation équitable des différents segments de la population (hommes et femmes, par exemple) dans les entités et les processus de décision. Le principe d’équité doit également prévaloir dans les relations entre les organisations et les sociétés, c’est-à-dire que les interactions doivent avoir lieu entre eux sans aucun abus fondé sur les faiblesses ou les forces de l’un ou de l’autre, tout en recherchant une participation égalitaire à la prise de décision.

L’équité est contraire à la discrimination et aux pratiques discrétionnaires, ainsi qu’à la concurrence déloyale entre parties inégales.

Grâce à la prime équitable, de nombreuses coopératives peuvent mettre en place des programmes qui ont pour résultats d’améliorer la vie des femmes : des services de santé, l’accès à l’eau potable, l’accès à des services de gardes d’enfants et à l’éducation… Ceci leur permet de s’émanciper de certaines tâches, d’avoir plus de temps pour du travail rémunéré, et participer à la vie de la coopérative.

Ainsi, les femmes ont davantage voix au chapitre et peuvent prendre en main l’avenir de leur communauté et de leur travail. Certaines femmes peuvent enfin accéder à des postes à responsabilités au sein de la coopérative voire au-delà.

Tout n’est pas parfait…

Malgré ses nombreux bénéfices, le commerce équitable est loin d’être la baguette magique. S’il est un levier de l’émancipation des femmes, il faut bien constater certaines limites.

Le commerce équitable ne permet pas toujours de remettre en cause la distribution des tâches entre hommes et femmes (en particulier au niveau du travail domestique). Leur autonomie accrue peut par parfois entraîner des réactions hostiles de la part des hommes dans leurs communautés et à l’extérieur, mais aussi d’autres femmes.

Dans ces situations, le soutien des coopératives et des organisations du commerce équitable peut se révéler crucial. Malheureusement, ces organisations n’ont pas toujours les ressources suffisantes (salaires, de formations, etc.) pour répondre à l’ensemble des besoins des femmes, que ce soit sur un plan pratique (bien-être, revenus, connaissances, etc.) ou stratégique (redéfinition de la position subordonnée de la femme, meilleur accès et contrôle des moyens de production et des bénéfices, etc.). Au final, le degré d’émancipation des femmes dépend ainsi largement du contexte et de l’organisation elle-même, de sa culture, de ses ressources financières et humaines.

… mais nous pouvons faire la différence!

Les initiatives en commerce équitable qui permettent à des femmes de gagner en autonomie ne manquent pourtant pas.

Voici l’exemple des artisanes de Kiej de los bosques une entreprise d’économie sociale au Guatemala qui compte 90% de femmes vivant dans des communautés rurales reculées et qui ont créé Wakami une gamme d’accessoires de modes équitables faits à la main qui leur permet de générer des revenus supplémentaires. Une belle note d’espoir à partager!